Scolaire (carte)

Fondation Copernic

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Nom donné au dispositif prévoyant qu’un élève étudie dans l’établissement de référence de son quartier ou de sa commune. Son assouplissement, instaurée par l’équipe Sarkozy à la rentrée 2007, a considérablement renforcé les inégalités sociales et scolaires. Résultat : dans notre pays, plus qu’ailleurs en Europe, un élève, issu des classes populaires, a moins de chance de réussir à l’école que tout autre enfant.

Aucune fonction régalienne de l’État n’aura échappé à l’équipe Sarkozy. Tout comme le budget de la Justice, celui de l’Éducation nationale a été victime d’un coup de rabot supplémentaire de 20 millions d’euros au titre du plan de rigueur d’août 2011 : 14 000 postes supprimés en 2012, 11 millions d’euros de crédits en moins pour les bourses accordées aux élèves modestes, 2 millions d’euros en moins pour les fonds sociaux (qui aident par exemple certaines familles à payer une partie des frais de cantine scolaire)…

Si toutes ces coupes budgétaires réduisent à la portion congrue l’Éducation nationale, elles ne sont que le côté pile de la politique de casse du service public de l’enseignement ; côté face, l’équipe Sarkozy a déconstruit notre modèle d’enseignement. Il suffit de penser à l’attaque frontale de la formation (IUFM) et du statut des enseignants (parfois recrutés à Pôle Emploi) ou à la politique d’autonomisation des établissements scolaires. À cet égard, deux mesures méritent d’être évoquées : l’assouplissement de la carte scolaire et le dispositif Clair (collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite). Dès mars 2006, le candidat Sarkozy propose de « supprimer la carte scolaire » au nom du « libre choix » de l’établissement par les familles. Finalement, le gouvernement opte pour son assouplissement en multipliant les autorisations de dérogation, dans la limite des places disponibles. Quand le nombre de places ne permet pas de satisfaire toutes les demandes, des « critères prioritaires » prévalent (boursiers, handicapés…).

Laissant sans repère des parents issus des classes populaires et moyennes, qui connaissent mal l’institution de l’École et ses codes, cette décision, loin de favoriser la mixité sociale, aggrave la ghettoïsation des établissements les plus en difficulté. En novembre 2009, la Cour des comptes établit ainsi que, sur les 254 collèges les plus défavorisés, 186 ont perdu jusqu’à 10 % de leurs élèves, généralement les meilleurs. Dès lors, les établissements boudés, privés de leurs « têtes de classe », se sont retrouvés avec une concentration encore plus importante d’élèves en situation d’échec scolaire. De la sorte, pour quelques enfants de cités scolarisés au collège ou lycée du centre-ville, des centaines de milliers d’autres, restés en périphérie, en paient le prix. C’est la double peine pour eux. Car, contrairement aux affirmations du ministre de l’époque, Xavier Darcos, la baisse des effectifs dans les établissements désertés s’est accompagnée bien souvent d’une diminution des moyens (moins de postes, moins d’heures d’enseignement, notamment de soutien). Le cercle vicieux est en place : un collège en zone d’éducation prioritaire, victime de sa réputation, perd des élèves ; le rectorat supprime des heures ; les conditions d’enseignements se dégradent et la réputation de l’établissement baisse encore…

Cette concurrence des établissements scolaires a été accentuée en 2010 avec le dispositif Clair (collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite). De quoi s’agit-il ? Lancées en 1981, les zones d’éducation prioritaire (ZEP), devenus réseaux ambitions réussite (RAR), en 2006, devaient donner plus de moyens et d’encadrement aux établissements concentrant difficultés scolaires et sociales. Sans le dire franchement, à la rentrée 2010, le ministère de l’Éducation nationale décide de les remplacer par un nouveau dispositif, Clair puis Éclair. La logique est radicalement différente : plus restreinte (2 000 établissements concernés) ; centrée sur les écoles, collèges et lycées présentant le plus de problèmes en matière de climat scolaire et de violence ; consacrant le principe de l’autonomisation des établissements. Désormais, chaque chef d’établissement devient un patron pouvant déci- der de son personnel (recrutement, missions, temps de travail) comme de l’organisation des enseignements (horaires, programmes).

Ainsi, en l’espace de cinq années de pouvoir, l’équipe Sarkozy a réussi à faire vaciller l’École dans ce qu’elle a de plus fondamental, en instituant un système scolaire à deux vitesses. D’un côté, une école bien dotée en moyens, faite pour pré- parer une élite à des emplois hautement qualifiés ; de l’autre, une école sous dotée, pour reclus et rebus, promis à des postes de travail faiblement qualifiés.

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notes/bilan/pages/services_publics/scolaire_carte.txt · Dernière modification: 2012/02/21 13:56 (modification externe)
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