Mayotte

Fondation Copernic

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Dernier-né des Départements français (31 mars 2011) où domine un malaise social important, qui aboutit à un soulèvement populaire d’ampleur sept mois plus tard.

Tout est parti du mabawa. Fin 2011, le prix de cette aile de poulet rôti, un des aliments préférés des 200 000 Mahorais, augmente fortement. Il devient le symbole d’une contestation dure, parfois violente, face à un gouvernement muet. Après plusieurs manifestations très tendues, des négociations entre syndicats et professionnels du commerce permettent finale- ment de faire baisser les prix de neuf produits de première nécessité.

Mais le malaise est plus profond. La vie est difficile pour une grande partie de la population, qui sait, par ailleurs, qu’elle ne bénéficiera pas des mêmes transferts massifs de subsides que la Guyane, la Guadeloupe et la Martinique.

Le projet de départementalisation prévoit que les Mahorais pourront parvenir à une citoyenneté pleine et entière d’ici vingt-cinq ans. Un quart de siècle à attendre, cela peut paraître long pour une population dont moins de 20 % des personnes travaillent ; pour qui l’allocation chômage n’existe pas ; qui touche un smic local fixé à 85 % du Smic national, alors que les prix sont en moyenne 30 % plus élevés ; pour qui le revenu de solidarité active (RSA), nouveau RMI, n’est entré en vigueur qu’au

1er janvier 2012, pour un montant de 120 euros par mois… En quelques semaines, dans l’indifférence générale, Mayotte devient ainsi ce nouveau département français d’outre- mer à connaître un soulèvement populaire d’ampleur.

Avant, il y aura eu l’île de la Réunion et les soixante-deux revendications du collectif du Cospar, en mars 2009 ; et bien sûr, le LKP en Guadeloupe, d’où tout est parti.

Fin 2008, à Pointe-à-Pitre, le « ralbol » est à son comble. Une manifestation contre l’augmentation du prix de l’essence est organisée le 16 décembre 2008. Le préfet refuse de recevoir la délégation. Dès lors, le mouvement prend de l’ampleur : 137 revendications sont édictées contre la « pwofitation » (que l’on pourrait traduire par « acharnement contre le plus faible »). Le 20 janvier 2009, le mot d’ordre de grève générale est lancé. Elle durera plus d’un mois.

Le 24 janvier, des négociations s’ouvrent, enfin, entre le LKP, l’État, le Conseil général et régional. La retransmission des débats en direct renvoie une image désastreuse des représentants de l’État, nourrissant encore la colère populaire. C’est alors qu’Yves Jégo, ministre, qui sera quelques mois plus tard débarqué du gouvernement, décide la rupture des négociations. Finalement, le 26 janvier 2009, l’accord « Jacques Bino », du nom de ce syndicaliste guadeloupéen assassiné en février 2009, est signé. Est notamment prévue une augmentation mensuelle de 200 euros pour les plus bas salaires, qui doit être prise intégralement en charge par les entreprises, d’ici trois ans.

Or, trois mois plus tard, en avril 2009, le ministre du Travail prend un arrêté qui vide l’accord Bino de sa substance. Le préambule, où figurent les causes du mal-être, et notamment l’accaparement des richesses par quelques-uns, est supprimé. Pire, au terme des trois ans, la hausse mensuelle de 200 euros ne s’appliquera plus qu’aux seules entreprises signataires de l’accord, à savoir les petites entreprises.

De fait, la décision de l’équipe Sarkozy vient renforcer encore la domination des grands groupes de l’île. Les mêmes qui, par ailleurs, depuis la loi pour le développement économique de l’outre-mer (Lodeom) adoptée le 13 mai 2009, bénéficient d’exonérations de 50 à 80 % de la taxe professionnelle, de l’impôt sur les bénéfices ou encore de la taxe foncière sur le bâti.

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notes/bilan/pages/pouvoir_d_achat/mayotte.txt · Dernière modification: 2012/02/21 13:56 (modification externe)
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