Austérité salariale

Fondation Copernic

casse_coper_.jpg

 

Ce dont l’équipe Sarkozy au pouvoir a été le nom.

Par une extraordinaire persévérance à contredire ses pro- messes de campagne, le « candidat du pouvoir d’achat », comme il se nommait lui-même en janvier 2007, est devenu le président de la pire austérité salariale des dernières décennies. Depuis 2007, la France et l’Allemagne ont remporté à égalité le prix européen de la rigueur salariale loin devant l’Italie et l’Espagne qui ont « concédé » quatre points d’augmentation des salaires. Cette austérité salariale provient de trois maux, tous entretenus par l’équipe Sarkozy ; tout d’abord un partage de la richesse toujours plus défavorable aux salariés, ensuite une distribution de plus en plus inégalitaire de cette masse salariale comprimée, et enfin une stagnation planifiée des bas salaires et un gel des traitements des fonctionnaires.

À en croire l’Insee, la part de la richesse revenant aux salariés se serait brutalement dégradée de 7 points durant les années 1980 pour se stabiliser depuis autour de 60 % du Produit Intérieur Brut, le reste étant partagé entre le profit brut des entreprises (environ 30 %) et l’impôt sur la production prélevé par l’État. Finalement, on renouerait avec un partage du revenu primaire de 1950 qui, faute de pouvoir être théoriquement qualifié d’optimal, serait « normal ».

En réalité, ce constat dressé par le rapport Cotis (président de l’Insee) dissimule, par un mélange d’insuffisance méthodologique, de rouerie statistique et d’autocensure politique, une bien plus grande dégradation de la part des salariés dans la richesse produite. Le profit est sous-estimé et tout compte « refait », la part des salariés a reculé, comme le reconnaît le rapport Bourdin (sénateur UMP). Il y aurait encore quelques compensations si ce déplacement en faveur des profits avait favorisé le désendettement ou l’investissement des entreprises, mais ce n’est pas du tout le cas. Il a été englouti aux trois quarts par des actionnaires insatiables qui, y compris en période de crise et de licenciements, gobent plus de 8 % de toute la valeur ajoutée… Ce record historique est bien en deçà cependant des pratiques des entreprises du CAC 40 qui, en 2009, dans une économie en crise, ont offert à ces gloutons 24 % de la valeur ajoutée chez Total, 23 % chez Sanofi-Aventis, 22 % à France Télécom… quitte à sacrifier pour cela leurs investissements et parfois même leurs fonds propres comme chez Lafarge. C’est dans ce contexte que l’équipe Sarkozy a eu l’idée naïve ou perfide, nul ne sait, d’octroyer une prime salariale de 1 000 euros dans les entreprises distribuant des dividendes qui, si elle n’avait été bloquée net par la cupidité « CAC quarantième », aurait accru encore les inégalités salariales entre grandes et petites entreprises.

L’inégalité est justement le second « maître-maux » de cette diète salariale puisque la progression très résiduelle de la masse salariale a été accaparée pour les deux tiers par 1 % des travailleurs percevant un salaire moyen supé- rieur à 200 000 euros. L’échec de nombreuses négociations par branche et par entreprise (seulement 10 % des entreprises ont signé un accord salarial) a accompagné une sectorisation, une individualisation et une conditionnalité (primes de résultat) des salaires défavorable aux travailleurs des petites entreprises, aux professions intermédiaires et aux employés dont la baisse du pouvoir d’achat (moins de 1 % en 2011) a mécaniquement aggravé les inégalités salariales entre hommes et femmes - près des trois-quarts des employés sont des femmes. Quant aux fonctionnaires, la perte de pouvoir d’achat de leur point d’indice (- 3,5 % depuis 2007) s’est accélérée depuis septembre 2010 avec le gel de la valeur du point d’indice.

Enfin, par un mélange de bêtise et de duplicité, le gouvernement n’a retenu de cette stagnation salariale sans précédent que le risque de rétrécissement de l’éventail des salaires. L’équipe Sarkozy n’a donc jamais donné aucun « coup de pouce » au Smic durant son mandat par crainte qu’il ne rattrape les salaires moyens. Le Smic horaire (9 euros depuis janvier 2011) n’a ainsi progressé que de 20 centimes en cinq ans une fois déduite la hausse des prix tandis que le Smic mensuel net à temps plein (1 071 euros en 2011) a enregistré un gain de pouvoir d’achat d’à peine 2 % depuis 2007, soit la moitié de l’accroissement de la richesse. Le mobile est budgétaire puisque le Smic est assorti d’exonérations de charges sociales si bien qu’un euro d’augmentation du Smic horaire coûte environ 2,6 milliards à l’État, soit le coût fiscal d’un quart de la « niche Copé » profitant aux sociétés du CAC 40…

À chacun ses priorités. Mais surtout, un Smic très bas, c’est l’austérité salariale garantie ; en augmentant les salaires, les entreprises perdraient ces allégements, ou ces « effets d’aubaine », et la faiblesse du Smic tire par ailleurs les conventions salariales vers le bas. En ouvrant ainsi la « trappe à bas salaires », la diète du Smic ouvre bien l’éventail des salaires… et cette fois par le bas.

Voir

Adhérer à la Fondation Copernic, pour quoi faire ?

L’indépendance de son analyse, dont dépend la force de la critique, est conditionnée par l’autonomie financière de la Fondation Copernic. Pour produire et diffuser une expertise en rupture avec la doxa néolibérale, monter et mener mobilisations et campagnes, et ainsi peser dans le débat public en rendant visibles et audibles des politiques alternatives, la Fondation Copernic, qui n’existe que par ses adhérents, a besoin de vous et de votre soutien.

 
 
 
notes/bilan/pages/pouvoir_d_achat/austerite_salariale.txt · Dernière modification: 2012/02/22 11:06 par le-strat
Recent changes RSS feed Creative Commons License Valid XHTML 1.0 Valid CSS Driven by DokuWiki
Drupal Garland Theme for Dokuwiki