Françafrique

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Terme hérité de l’époque du général de Gaulle qui désigne la mise en coupe réglée des ressources des États africains pour satisfaire les intérêts économiques français, au prix de quelques dégâts collatéraux. L’équipe Sarkozy s’était engagée à faire cesser ces pratiques. Les faits ont démontré qu’il n’y a pas eu de rupture dans ce domaine, mais au contraire le renforcement d’une stratégie de plus en plus rejetée par les peuples.

Viré sur un coup de fil, c’est ainsi que Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État chargé de la Coopération et de la Francophonie, aura été débarqué du gouvernement en 2008. C’est Omar Bongo, chef d’État du Congo, qui aurait demandé sa tête après que ce dernier ait appelé Nicolas Sarkozy à signer « l’acte de décès de la Françafrique », ce système de liens privilégiés et de réseaux tissés entre les élites des anciennes colonies françaises sur le continent noir et des acteurs économiques et politiques français. Aussitôt demandé ; aussitôt relayé par l’avocat Robert Bourgi, preux chevalier des pratiques affairistes et des réseaux officieux ; aussitôt accepté par Nicolas Sarkozy.

Pourtant, quelques mois plutôt, lors de la campagne présidentielle de 2007, ce dernier n’avait pas ménagé ses critiques à l’égard du bilan africain de Jacques Chirac. Alors, pourquoi un tel revirement ? Peut-être parce que, comme le confiait un ancien collaborateur de Jacques Chirac, Jean-François Probst, « rien ne s’est arrêté avec Sarkozy », accusant ce dernier d’avoir reçu 1 milliard de francs CFA du même Omar Bongo. Quelques mois plus tard, Nicolas Sarkozy, une fois élu, lui réserve son premier coup de fil passé à un chef d’État étranger et son premier déplacement sur le continent africain, en juillet 2007. Nous sommes loin de la profession de foi, prononcée à Cotonou, le 19 mai 2006, par le candidat de la «rupture»…

Est-ce à dire que tout se passe comme à l’époque de Jacques Foccart, l’homme des réseaux africains sous le général de Gaulle ? Pas exactement. Comme l’a montré le discours de Dakar, en juillet 2007, l’équipe Sarkozy n’a aucune empathie ni vision politique particulière de l’Afrique. Si elle s’accommode des régimes africains, quels qu’ils soient, c’est d’abord pour des questions d’intérêt économique. En 2007, la Chine a damé le pion à la France pour ce qui est des échanges commerciaux avec le continent.

Aussi, l’arbre des affaires troubles ne cache pas la forêt des intérêts en cause : ceux du patronat, ceux des multinationales et des grands groupes français, ceux de la poursuite de l’exploitation d’un continent riche, et d’une grande vitalité sociale, mais appauvri par tant de prédation, de décennies de domination, d’ingérence et d’interventions militaires.

Parce qu’il faut sauver le soldat Bolloré, et bien d’autres, le sommet France-Afrique 2010 accueille, pour la première fois, en plus des chefs d’États, 230 entreprises françaises et africaines. La politique de coopération de la France est désormais plus que jamais marquée par la volonté affichée de défendre coûte que coûte les intérêts économiques français sur le continent (Total, Bolloré, Areva, etc.).

De surcroît, Nicolas Sarkozy s’empresse de donner sa bénédiction aux élections manipulées au Gabon, en Guinée Équatoriale, en Mauritanie, au Tchad, au Burkina Faso… Il continue des rela- tions denses, voire privilégiées, avec les dictatures du Togo et du Cameroun. Il envoie François Fillon en Côte-d’Ivoire pour tirer les dividendes de sa politique, tout en poussant à une confrontation militaire inter-ivoirienne destructrice, au nom du respect d’un scrutin au résultat, dans les faits, très incertain. En lieu et place, il y installe par la force un régime dévoué aux intérêts du néocolonialisme français.

En résumé, la politique de l’équipe Sarkozy envers l’Afrique aura été celle des réseaux Guéant-Bourgi ainsi que celle des groupes industriels ; une politique intéressée, qui n’a eu de cesse d’humilier les peuples de ce continent.

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notes/bilan/pages/politique_exterieure/francafrique.txt · Dernière modification: 2012/02/21 13:56 (modification externe)
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