Sondage

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Enquêtes d’opinion commandées par l’équipe Sarkozy, à fonds publics perdus, dans des conditions d’irrégularité caractérisées.

Si l’on considère, avec Pierre Bourdieu, que « l’opinion publique n’existe pas » ou qu’elle existe de façon bien inégale selon les sujets, on comprend qu’une grande part de l’activité politique consiste à la produire par des sondages, puis à donner à ces derniers une force sociale par des campagnes de communication entretenant la croyance dans une « opinion publique » au nom de laquelle sont prises des décisions. Dans plusieurs de ses rapports – juillet 2008, juillet 2011, novembre 2011 – la Cour des comptes a constaté qu’aucun autre président avant Nicolas Sarkozy n’avait à ce point franchi les limites financières et légales pour se contempler dans ce « miroir de l’opinion ». Changement d’échelle donc, mais aussi de nature, puisque l’équipe Sarkozy a institué un véritable « régime des sondages » que l’affaire dite de l’« opinion gate » permet de dévoiler.

Centré sur les dépenses de l’Élysée, le premier rapport de la Cour des comptes pointait un contrat d’étude d’opinion signé le premier juin 2007 entre l’Élysée et le cabinet Publifact fondé et dirigé par Patrick Buisson, ancien directeur de Minute et journaliste à LCI devenu conseiller du président et directeur de la chaîne Histoire depuis 2007. La juridiction relève que ce contrat de 1,5 million d’euros, conclu de gré à gré, n’obéit ni aux règles de passation des marchés publics exigeant un appel d’offre public pour une pareille somme, ni aux règles d’exécu- tion des dépenses publiques, ses clauses laissant à Publifact une totale appréciation dans l’exécution du contrat concernant la fréquence, le prix et le domaine des prestations. La Cour des comptes, constatant la parution, dans Le Figaro et sur LCI, des mêmes enquêtes réalisées par l’institut Opinionway et revendues 392 288 euros à l’Élysée par Publifact, émet- tait d’ailleurs des doutes sur l’utilité d’une telle dépense… Signalons incidemment que le chiffre d’affaires d’Opinionway a étrangement bondi de 50 % en 2007.

S’agissait-il d’une escroquerie de Patrick Buisson à l’encontre de l’Élysée ou, au contraire, d’une manœuvre de l’Élysée constituant en vue des présidentielles un « avoir » sur Publifact pour échapper au contrôle des comptes de campagne, ou tout simplement d’un achat d’espace « publicitaire » dans la presse aux frais de l’État ? Un politiste et des associations, comme Anticor (anti- corruption) ont dénoncé cet état de fait et même porté plainte pour « délit de favoritisme » (art 432-14 du Code pénal). Se prononçant sur un appel du Parquet visant à empêcher cette action, la Cour d’appel a finalement confirmé, le 7 novembre 2011, l’inviolabilité du président de la République étendue pour l’occasion à ses collaborateurs. Il n’y aura donc pas d’en- quête sur les sondages de l’Élysée. Ainsi pourra s’épanouir un « régime des sondages », dont l’économie est alimentée par les fonds publics, la liberté sanctuarisée par les juridictions, et la légitimité entretenue par une presse sans qualités aux mains des amis du président.

Reconnaissant dans son rapport du 22 juillet 2011 un assagissement de l’Élysée, la Cour des comptes constate par la suite que les dépenses de sondages du SIG (service d’information du gouvernement) ont littéralement explosé, par un troublant effet de vases communicants.

Avec 50 % de croissance en quatre ans, les ministères ne sont pas en reste et, preuve que Nicolas Sarkozy a fait des émules, une bonne part de ces enquêtes commandées dans les mêmes conditions d’irrégularité (avec la société Giacometti-Péron ou TNS-Sofrès, pour changer) assurent l’autopromotion de personnalités comme Rachida Dati, Laurent Wauquiez, Jean-Louis Borloo, Hervé Morin… Une dizaine d’« opinion gate » en perspective ? Peu probable, si l’on considère l’impuissance de la commission des sondages, l’indulgence des tribunaux et la paralysie des législateurs. Désormais majoritairement à gauche, le Sénat a réagi au dernier rapport de la Cour des comptes en voulant créer une commission d’enquête sur les sondages – une initiative bloquée par l’Assemblée nationale au prétexte de la « séparation des pouvoirs »…

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notes/bilan/pages/institutions/sondage.txt · Dernière modification: 2012/02/21 13:56 (modification externe)
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