Clèves (princesse de)

Fondation Copernic

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Nom du personnage et du roman éponyme publié anony- mement par Mme de la Fayette, en 1678. À plusieurs reprises, Nicolas Sarkozy s’en prend à elle. Pourquoi tant de haine ?

D’abord, rappelons les faits. En février 2006, le président de l’UMP déclare : « Dans la fonction publique, il faut en finir avec la pression des concours et des examens. L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le pro- gramme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de la Princesse. Imaginez un peu le spectacle ! » En 2007 et en 2008, Nicolas Sarkozy récidive. Il précise : « Le contribuable n’a pas à payer vos études de littérature (…). L’État doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes (…) »

Les mots sont clairs, implacables. Pas besoin de « faire ses humanités », le roman d’analyse qui naît avec Mme de La Fayette est bien inutile à nos concitoyens pour la formation de leur identité culturelle. Seule la formation professionnelle compte, l’école est là pour répondre aux besoins en salariat du patronat. Que ces propos soient tenus pour parler des fonctionnaires – seule catégorie ne relevant pas du contrat privé – et à l’occasion de la RGPP, confirme que seule la norme chiffrée et la performance dans la concurrence avec les autres font valeur dans cette société du rationalisme économique.

En raillant avec mépris la femme écrivain comme la guichetière, Nicolas Sarkozy éclaire toute la politique culturelle de son mandat. Celle-ci marque une rupture (sans retour ?) avec un consensus né de la Libération, mais déjà écorné depuis vingt ans, sur l’exception culturelle, conçue comme exception aux lois du marché.

Désormais, tout doit être soumis à l’exigence de rentabilité maximale. C’est le sens de la lettre de mission qui est envoyée à la première ministre de la culture, Christine Albanel : il s’agit de demander aux structures et organismes culturels de satisfaire « la demande », sans jamais interroger la façon dont celle-ci se construit par et à travers l’imposition médiatique des plus grandes industries. Cette injonction sert en fait de justification pour « tordre le cou » à l’« offre » artistique, soit à la création contemporaine libre et à son partage par le plus grand nombre. Les seize critères établis en janvier 2008 pour évaluer le ministère de la culture confirment cette orientation : évolution de la fréquentation des musées, de la part de marché des films français sur le territoire national, du nombre de fichiers audio ou vidéo piratés… Car, bien sûr, la rentabilité des industries suppose la chasse aux « mauvais » internautes, qui veulent par échange et appropriation d’art et de culture se construire leur propre identité.

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notes/bilan/pages/institutions/cleves_princesse_de.txt · Dernière modification: 2012/02/21 13:56 (modification externe)
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